Le jeu responsable, des repères simples
Le bingo a une réputation de jeu inoffensif : mises modestes, ambiance conviviale, gains partagés. Cette image n'est pas fausse, mais elle a une conséquence gênante : elle rend les dérives plus difficiles à voir, pour le joueur comme pour son entourage.
Pourquoi le bingo mérite attention
Trois caractéristiques du jeu appellent à la vigilance. La première est la brièveté du cycle : dans un format à 30 boules, une partie se termine en quelques secondes, ce qui permet d'enchaîner des dizaines de mises en très peu de temps. La deuxième est le montant unitaire, faible, qui donne le sentiment de ne rien dépenser alors que le cumul peut être important. La troisième est la dimension sociale des salons de discussion, qui crée un attachement au groupe et rend l'arrêt plus difficile.
S'ajoute enfin un fait mathématique : à long terme, l'ensemble des joueurs récupère moins que ce qu'il a misé. Le jeu se paie, comme n'importe quel loisir.
Quelques repères avant de jouer
Fixer un budget à l'avance, et le considérer comme dépensé dès le départ, au même titre qu'une place de cinéma. Ce montant doit venir de l'argent des loisirs, jamais de celui qui sert à payer un loyer ou une facture.
Fixer aussi une durée. Le temps passé compte autant que l'argent engagé, en particulier en ligne où la notion d'heure se dissout facilement.
Ne jamais tenter de récupérer une perte. C'est le comportement qui transforme une mauvaise soirée en problème durable : les tirages étant indépendants, rien ne rend une perte plus « rattrapable » qu'une autre.
Éviter de jouer pour combler autre chose : l'ennui, la solitude, l'anxiété, une contrariété. Le jeu est un mauvais outil de régulation émotionnelle.
Ne pas jouer sous l'effet de l'alcool ou lorsqu'on est très fatigué, deux états qui altèrent le jugement sur les montants.
Les signaux qui doivent alerter
Le passage du loisir au problème est progressif et rarement visible de l'intérieur. Quelques signes reviennent régulièrement : jouer plus longtemps ou plus cher que prévu, y penser souvent en dehors des parties, mentir sur les sommes engagées, emprunter pour continuer, délaisser des activités ou des relations, ressentir de l'irritabilité lorsqu'on ne peut pas jouer, ou éprouver de la culpabilité après avoir joué.
Aucun de ces signes pris isolément ne signifie grand-chose. Leur accumulation, en revanche, mérite d'être prise au sérieux, et il n'est pas nécessaire d'attendre une situation grave pour en parler.
Les dispositifs existants en France
Joueurs Info Service propose une écoute gratuite, anonyme et confidentielle au 09 74 75 13 13, sept jours sur sept, ainsi qu'un tchat et un forum sur son site. Le service s'adresse aussi bien aux joueurs qu'à leurs proches.
L'interdiction volontaire de jeux permet de demander son inscription au fichier des interdits de jeux, qui ferme l'accès aux casinos, aux cercles de jeux et aux sites agréés en France. La démarche s'effectue auprès de l'Autorité nationale des jeux.
Evalujeu, le site d'auto-évaluation mis à disposition par l'ANJ, permet de faire le point sur sa pratique de jeu à partir d'un questionnaire fondé sur l'Indice canadien du jeu excessif, et propose des outils de limitation des mises, des dépôts et du temps de jeu.
Les consultations spécialisées. Les centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie, les CSAPA, reçoivent gratuitement et sans jugement, y compris pour les addictions sans substance. Un médecin traitant peut orienter vers la structure la plus proche.
Rappelons enfin qu'un site sans agrément français n'offre aucune de ces protections : ni auto-exclusion opposable, ni limites de dépôt garanties, ni recours.
Pour les proches
L'entourage est souvent le premier à percevoir un changement. Aborder le sujet sans accusation, en parlant de ce que l'on observe plutôt que de ce que l'on suppose, donne de meilleurs résultats que le reproche. Rembourser les dettes de jeu à la place de la personne concernée est en revanche déconseillé : cela retarde généralement la prise de conscience. Les mêmes services d'écoute accueillent aussi les proches.
Les mineurs
Les jeux d'argent sont interdits aux moins de dix-huit ans en France, sans exception. Cela vaut pour le bingo comme pour tout autre jeu de hasard payant. Les versions sans mise, en famille ou à l'école, ne sont évidemment pas concernées : ce sont simplement des jeux de société.